Parfum d'évidence
- CHRISTIAN BOUCHARENC

- 24 nov. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 2 janv.
CHRISTIAN BOUCHARENC est professeur associé à la prestigieuse Université de Singapour ( N.U.S ).
Spécialiste du design industriel, il est le rédacteur du très remarqué livre "Design for a Contemporary World : a Textbook on Fundamental principles" (1)
Il nous propose sa vision de la créativité.
La créativité ne s’apprend pas, elle se révèle. On ne l’enseigne pas : on se place, ou l’on place un être humain, dans les conditions propices pour qu’il puisse être créatif. Ainsi, la créativité apparaît comme le résultat d’une subtile alchimie issue d’une sédimentation silencieuse de multiples paramètres mêlant expériences émotionnelles et intellectuelles, hasards, rencontres, et parfois d’heureuses contradictions.
Elle nous semble parfois soudaine alors qu’elle est, au contraire, le fruit d’une longue maturation de la pensée et des sens. Elle ne se décrète pas, elle émerge naturellement.
On peut dès lors s’interroger : la créativité ne serait-elle pas moins une nouveauté immaculée que la révélation de traits enfouis en nous, qui se manifestent peu à peu, à la manière d’un puzzle ou d’une formule complexe se dévoilant sous nos yeux ? La créativité requiert de notre part un véritable effort, qui implique une sortie assumée de notre zone de confort, cette zone rassurante qui nous incite, par paresse, à reproduire les recettes du passé. Jean-Marie Massaud, designer français d’envergure internationale, nous le rappelle avec justesse : « Avec le succès, on avance ; avec l’échec, on s’affermit. Avec le succès, on arrive vite à la recette. » ( Jean-Marie Massaud, entretien, Saint-Paul-de-Vence, France, 29 février 2016 )
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La créativité exige ainsi une prise de risque, qui conduit à questionner les paramètres dans la diversité de leur nature, de leurs contextes mais aussi de leurs échelles. Être créatif, c’est avant tout accepter d’embrasser les échecs, de mettre son ego à distance pour que ces échecs ne soient plus perçus comme des fardeaux, mais comme des révélateurs d’opportunités venant peu à peu nous interpeller et jalonner le chemin qui nous mènera à une solution empreinte d’un parfum d’évidence.
La créativité, si elle semble parfois fulgurante, requiert donc du temps, du doute, et même ce que l’on pourrait appeler les vertus de l’ennui, voire celles d’un certain désespoir. C’est alors, comme par miracle, au moment où l’on s’y attend le moins, que la solution apparaît devant nous, dans une paix salvatrice, sans trompettes ni fanfares, telle une fragrance subtile qui s’impose à l’esprit et nous plonge dans une forme de plénitude, comme un enfant qui ouvre pour la première fois les yeux et découvre le monde…
(1) CHRISTIAN BOUCHARENC est un être au parcours singulier.
D’abord menuisier, puis architecte en France, il est très tôt animé par une curiosité exigeante et un refus du conformisme. Cette quête l’amène à quitter la France pour poursuivre ses études à l’Université d’arts industriels d’Helsinki, en Finlande, puis à la Royal Danish Academy of Fine Arts à Copenhague, au Danemark.
Profondément fasciné par le Japon, il obtient ensuite une bourse du gouvernement japonais qui lui permet de mener à la Kobe Design University un master, puis un doctorat consacrés au design fondamental.
Christian Boucharenc a su tirer parti de trois sources majeures ayant façonné sa personnalité et son expertise.
La première est un riche parcours académique qui lui a donné une colonne vertébrale intellectuelle rigoureuse, fondée sur une formation technique, puis architecturale et en design, au sein d’institutions reconnues.
La seconde est une immersion professionnelle dans quatre pays, au contact de cultures fortement imprégnées par le design et l’architecture.
La troisième, enfin, est une immersion culturelle profonde auprès de figures d’envergure internationale, telles que l’architecte Juha Leiviskä en Finlande et le designer industriel Toshiyuki Kita au Japon, qui l’ont ouvert à un véritable arc-en-ciel du sensible. Cet héritage, il le transmet aujourd’hui à son tour, comme un flambeau, à ses étudiants de la Division de Design Industriel de la National University of Singapore.


